L'Américaine Santi White (alias Santogold) a de l'or brut dans la voix, un minéral que des écoutes successives parviendront difficilement à tailler. Son
premier album éponyme, Santogold, se situe à la croisée du rock, du dub, et du hip-hop. Même si le premier morceau L.E.S. Artistes (clip ci-dessus), avec ses
guitares new-wave, est à mon avis le meilleur du lot, le reste dégage une énergie électrisante. C'est frais.
J'ai cru comprendre qu'ils traînaient depuis longtemps sur le Net. A la radio, je sais pas, je capte plus trop la FM. C'est Cut Copy et Midnight
Juggernauts, deux groupes australiens. Oui, je sais, c'est moche de titrer sur les kangourous, de réduire sempiternellement ce pays (et ses habitants) à la faune qu'il abrite.
Mais outre le fait que les kangourous ont une poche, qui sert essentiellement de réservoir à gags peu inspirés, ce sont des marsupiaux qui se déplacent par bonds
successifs. Et la musique des groupes Cut Copy et de Midnight Juggernauts procure justement cet élan indispensable pour effectuer de petits sauts épileptiques, ces mouvements que définit
communément le verbe "danser".
Midnight Juggernauts, auteur de l'album Dystopia, sorti l'an dernier en Australie et plus récemment dans nos contrées, trempe dans une joyeuse extase. Son
électro-rock, avec une pincée de disco céleste, lorgne du côté de Daft Punk, voire de Justice. Leur morceau Into the Galaxy (ci-dessous) possède des réminiscences bowiennes
seventies bienvenues.
Midnight Juggernauts : Into the Galaxy
Un chouïa plus pop, In Ghost Colours, de Cut Copy s'offre un retour vers le futur, celui des années 1980, c'est devenu une destination à la mode. Leur
disque, c'est le genre de truc à mettre à fond dans l'auto-radio de sa DeLorean DMC-12. Ça se déguste comme un prémix, c'est beaucoup de soda pour tromper l'ivresse. J'ai un faible
pour leur single Hearts on fire (ci-dessous) avec son saxo cheesy et sa basse évocatrice des riches heures de New Order.
Une rencontre plutôt étonnante, pour les connoisseurs, celle des New-Yorkais de !!! (prononcer chick chick chick) avec le Suédois The Field (aka
Axel Willner), qui a lieu l'été dernier, selon Pitchfork.tv, diffuseur de la vidéo.The
Field,c'est le type moustachu devant l'ordinateur, les autres appartiennent au groupe !!! Le morceau est long, bien balancé, solos de guitare sur les
boucles de The Field. Ils ont l'air tous très concentrés et à la fin, épuisés.
J'aime beaucoup ces deux disques, sortis en mars, qui piochent dans les années 1980 : Stainless Style de Neon Neon et Saturdays=Youth de M83. Autant le premier a un
parfum de flambe et d'after-shave, autant le deuxième est aussi sucré que (nouveau) romantique.
Stainless Style a un côté poseur, ce que reconnaît sans détours le duo composé de l'Américain Boom Bip et du Britannique Gruff Rhys, dans une interview à Fluctuat.net.
Sur leur album, Raquel commence tel un un morceau des Pet Shop Boys (Domino Dancing par exemple), avant de ressembler à une fusion synth-pop entre Camouflage,
Depeche Mode et Erasure. Irrésistible. Il y a aussi une balade plus rock à la Prefab Sprout, Steel your Girl, et un titre, Dream Girls, qui évoque Duran Duran au temps de
sa flamboyance.
Duran Duran, dont je viens de découvrir que Timbaland avait produit leur dernier album, Red Carpet Massacre, une anomalie sympathique, une timbalanderie pure soupe comme ce Hard
Candy de Madonna, aussi chiant à écouter qu'il est pénible de lire un livre de recettes en entier. Bref...
Mais on trouve aussi sur Stainless Style des sons plus contemporains, du r'n'b électro : un Sweat Shop humide de tout partout et un Luxury Pool qui parle de quoi ?
De célébrité.
Avec Saturdays=Youth, M83 (alias le jeune frenchie Anthony Gonzalez), prend un tournant carrément pop. Cet album lumineux, parfois à la limite du mauvais goût,
s'accompagne bien d'un verre de soda. C'est déjà sucré sucré sucré, alors allons-y pour l'overdose. Et ça reluque les eighties derrière sa frange. Presque putassiers, Kim &
Jessie et Graveyard Girl, pourtant le charme opère. Quant à Up !, il ramène le spectre de Kate Bush, mais ça fait pas peur. A l'écoute de cet album, j'ai
envie de poser de poser du papier peint fluo dans ma chambre, ressortir des posters d'idoles déchues et faire claquer des bulles de chewing-gum.
Il existe encore des passionnés prêts à creuser le sillon de la techno minimale, comme en témoignent ces trois disques sortis récemment.
Ainsi Boogybytes Vol.04, le dernier mix de l'Allemande Ellen Allien (chez Bpitch Control), s'avère joliment pointu dans le domaine. Mais je préférais largement les envolées de
sonFabric 35. Je crains que son prochain album,
Sool,dans les
bacs le 26 mai, oublie d'être dansant. Un autre mix, le Feeling Strange de Jennifer Cardini manque malheureusement de souffle au milieu. Après un début d'une retenue toute féline, après le
May I de Jamie LLyod remixé par Quarion, on aimerait entendre la Française sortir ses griffes. Mais on se relève seulement de la torpeur pour entendre Principles of
Geometry et le désormais classique Arcadia d'Apparat (vidéo
ici).
Sur le même label qu'Ellen Allien : Sascha Funke. Son Mango insuffle de la sensualité au genre, parfois empêtré dans des cadences systématiques, des trucs trop cérébraux-chiants.
Mango est loin d'être un espace aride, les morceaux s'épanouissent tendrement et avec chaleur, jusqu'à fondre en pluie qui tombe (Summer Rain) ou
se laisser guider par une mélodie pop à la guitare (Chemins des Figons).