"La Vie aux aguets" : Maman était une espionne

Publié le par joe

 Et si l'un de vos parents vous confiait un jour que que sa nationalité était différente de celle sur son passeport, que son nom n'était même pas le sien, et qu'il avait menti sur son passé, quelle serait votre réaction? Dans La Vie aux aguets, le dernier roman de William Boyd, Ruth, une Anglaise de 28 ans, découvre en 1976 que sa mère, veuve et âgée, ne s'appelle pas Sally Gilmartin, mais Eva Delectorskaya, la fille d'une famille d'expatriés russes, qui a été engagée par les services secrets britanniques en 1939. Et si elle dévoile son identité à sa fille une trentaine d'années plus tard, c'est parce qu'elle a besoin d'elle pour accomplir une dernière mission, pour cesser de vivre "aux aguets".

La Vie aux aguets est un roman d'espionnage haletant dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale. Un roman qui fourmille de détails sur les techniques employés par les espions à l'époque : semer les filatures, changer d'identité, se rendre en secret à un rendez-vous, trouver une bonne planque, éviter les guet-apens... Très bien documenté, il met notamment en scène ce qui restera dans l'histoire comme l'incident de Venlo, un événement désastreux pour les services secrets britanniques, et dont Eva sera le témoin. Mais Boyd semble prendre ses précautions (pourquoi?) en changeant notamment le nom de la ville néerlandais de Venlo en Prenslo.

Une deuxième partie du roman se déroule aux Etats-Unis, où Eva a été envoyé avec son équipe. On y voit comment, avant Pearl Harbor en 1941, les services secrets britanniques ont tenté d'influer sur les Etats-Unis (tentés par l'isolationnisme) pour qu'ils déclarent la guerre à l'Allemagne nazie.

C'est d'ailleurs sur le sol américain qu'Eva se rend compte qu'elle est sans doute victime, au péril de sa vie, du double jeu de quelqu'un de son équipe à l'intérieur duquel "tout le monde savait quand l'un mentait à l'autre, mais personne ne s'en offusquait".

Thriller enlevé, plein de suspense et bien construit, La Vie aux aguets est aussi le portrait émouvant et sensible de deux femmes, la mère au destin balloté par la guerre, sa fille aux prises avec des conflits intimes et qui tente à son tour de reconstruire sa vie.

C'est le troisième roman de Boyd que j'ai lu après Brazzaville Plage et A livre ouvert. Des expériences fortes à chaque fois.


Sur le site Internet des services secrets britanniques, le Secret Intelligent Service, des questions-réponses sur la carrière des agents secrets. J'aime beaucoup celle-ci :

"MYTH: SIS officers must be single and have no meaningful private lives.
REALITY: Of course some SIS officers are single, but many are married or in long term relationships. We want to encourage our staff to have a healthy work/life balance. And we will not let you take your work home with you."

Traduction :

MYTHE : Les agents du SIS doivent être célibataires et n'ont pas de véritable vie privée.
REALITE : Bien sûr, certains agents du SIS sont célibataires, mais beaucoup sont mariés ou engagés dans relations sérieuses. Nous voulons encourager notre équipe à avoir un équilibre réussi travail/vie extraprofessionnelle. Et nous ne vous laisserons pas emporter votre travail à la maison.

A bon entendeur...

Joel

Publié dans C'est tout lu !

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stricker 24/04/2007 22:16

Messieurs,
Félicitations, pour votre blog!!Je me permets de vous faire part d'une de mes "humbles " lectures.
Dans la même veine que la vie aux aguets, je vous recommande la "Taupe à Moscou, agent à Rio", de Robert MOSS. Je vous retranscrit  des extraits de la quatrième de couverture" Dans les années 30, Staline révait de faire du Brésil la seconde puissance communiste du monde! ....  en passant par Moscou.. une partie d'échecs cruciale s'engage entre le "Quatrième Bureau " et l'"Intelligence Service " .
A bientôt Antoine

joe 25/04/2007 11:11

Hello Antoine, je suis content de te compter parmi les lecteurs de ce blog.