« Replay », une vie qui recommence, recommence, recommence...

Publié le par joe

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C'est l'histoire d'un mec, en pleine de crise de quadra, qui meurt d'une crise cardiaque.
Et qui revient tout aussi brusquement à la vie, dans la peau du jeune homme qu'il était en 1963. Il retrouve ses parents, son lycée et la jeune fille avec qui il flirtait à l'époque. Mais les souvenirs de sa vie précédente ne l'ont pas abandonné. Et quand il succombe une nouvelle fois, il revient encore à la vie. C'est Replay, et c'est un beau roman de l'Américain Ken Grimwood.

Les premières pages font pourtant craindre le pire, on s'apprête à lire une banale variation sur le thème de Retour vers le futur, avec pathos, karma et happy ending. Mais le personnage principal, Jeff, s'étoffe au fur et à mesure qu'il endosse ses vies successives. L'auteur parvient à nous communiquer l'ambiguïté de ces réincarnations : un sentiment de toute-puissance (la connaissance de l'avenir) et une solitude sans pareil. Comment supporter de perdre infiniment ceux qu'on aime ? Pourquoi bâtir ce qu'il faudra de toute manière recommencer à zéro ?

 

Avoir plusieurs vies, pour réaliser tous ses désirs. Jeff va tantôt essayer d'en faire profiter le monde, tantôt s'en tenir à sa propre satisfaction. Dans une vie, il se fait de l'argent facile en gagnant des paris et en investissant sur des entreprises porteuses (C'était IBM, Apple...). Dans une autre, il va essayer d'arrêter un serial-killer. Dans sa troisième, il s'adonne au triolisme, au LSD et à l'opium. Dans cette troisième vie, il y a de savoureux passages sur la France branchée des sixties, de Saint-Tropez au Caveau de la Huchette, à Paris. Comment imaginer qu'on pouvait se défoncer en écoutant du Sylvie Vartan  ? "Replay", disponible en poche (Points Seuil).


Replay,
publié pour la première fois en 1986,
comporte beaucoup de références politiques, sociales et culturelles aux Etats-Unis des années 1960, 1970 et 1980 : la guerre froide, l'assassinat de Kennedy, l'ascension de Steven Spielberg et de Dustin Hoffman... Et dans un monde que bouleverse l'intervention de Jeff, on trouve aussi une étrange prémonition, celle du 11 septembre 2001. Elle est suscitée par un attentat terroriste à New York, au Madison Square Garden, par des djihadistes qui menacent de continuer leurs attaques "tant que les forces américaines ne se seront pas retirées du Moyen-Orient".

Bien sûr, on pense au film Un jour sans fin, qui a dû s'inspirer de ce livre. Mais Replay explore davantage la cruauté et les délices de ces retours en arrière.. Plein de rebondissements mais sans grosses ficelles, Replay nous fait partager avec humanité le destin tourmenté d'un homme éternel, mais figé dans une époque. Et le roman s'achève sur une note mi-douce mi-amère, dont la morale serait : notre seule vie, c'est celle qu'on se choisit.

Publié dans Fan de SF

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