« Un roman russe » en pays ami.

Publié le par joe

Ça me fait toujours plaisir de lire un bouquin avec la dédicace manuscrite d'un auteur que j'apprécie. Même si elle ne m'est pas adressée, même si elle participe d'un travail de promotion. Ma lecture prend un tour plus fétichiste, comme si je portais le tee-shirt mouillé de mon chanteur favori (si seulement j'étais une groupie). A la troisième page de ce roman qu'on m'a prêté, l'auteur a écrit : "Pour [...], en souvenir d'une excellente soirée à la librairie, en toute amitié. Emmanuel. (C'est bien, chez vous, on se sent vraiment en pays ami)." Emmanuel, c'est Carrère. La librairie, mystère... Le roman, c'est Un Roman russe (P.O.L., 2007).

Dans ce roman, Emmanuel Carrère déroule trois intrigues qui s'entre-mêlent : le tournage de son premier long-métrage
Retour à Kotelnitch, l'histoire de son grand-père russe suspect de collaborationnisme, la relation amoureuse qu'il entretient avec une jeune femme. Et ce qui lie son propos, pas mal de paranoïa et beaucoup de cruauté, des thèmes présents dans ses précédents romans, ou sa passionnante biographie de Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts.

Au centre de ce Roman russe : une nouvelle érotique qu'il avait écrit pour Le Monde, je me rappelle l'avoir lue à l'époque, j'étais loin de me douter des enjeux de sa publication : elle était écrite à la deuxième personne du singulier, à l'intention de sa copine, mais celle-ci ne va pas se prêter au jeu. Double humiliation, à la fois pour l'auteur et l'amant, dont Emmanuel Carrère fait part sans pudeur, et surtout sans volonté qu'on s'apitoie sur son sort. Sa sincérité à double-tranchant fait qu'on aime et qu'on conspue le narrateur en même temps. Et c'est justement dans les contradictions et les égarements du narrateur que ce roman est le plus troublant.

Publié dans C'est tout lu !

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