"Une Amitié absolue" de John Le Carré

Publié le par joe

johnlecarre.jpgJohn le Carré a bâti sa carrière d'écrivain sur des romans d'espionnage, il fut lui-même agent secret avant que sa couverture fut compromise par un agent du KGB (lire sa bio sur Wiki). Avec son avant-dernier ouvrage, Une Amitié absolue (Absolute friends en VO), il creuse le sillon. 

Acte I. Berlin, fin des années 1960, deux étudiants aux idéaux marxistes font connaissance : Mundy, britannique, un peu terre à terre, anti-impérialiste, et Sasha, allemand, en révolte, séduit par l'anarchisme. Ils fraternisent. Mundy est renvoyé par les autorités allemandes dans son pays. 

Acte II. Mundy est devenu père, époux et prof. Lors d'une tournée derrière le rideau de fer, avec une troupe d'acteurs en herbe, il rencontre Sasha, passé à l'Est et devenu membre de la Stasi. Ce dernier, dégoûté par les errements du communisme, lui propose de devenir agent double. Mundy accepte et devient collaborateur des services secrets britanniques.

Acte III. Depuis la chute du Mur de Berlin, plus de Guerre froide. Les Etats-Unis ont déclaré la guerre au régime irakien. Sasha contacte Mundy pour lui demander son aide contre l'influence du pays envahisseur.

Voici, grosso modo, comment s'articule ce roman. On est loin de James Bond/Jason Bourne. Pas d'action, ni de glamour, mais des personnages suffisamment fouillés pour être crédibles et, en filigrane, une étude intéressante de la psychologie de l'espion. Etre agent secret, c'est ne pas se mouiller, mais figurer aux avant-postes de l'Histoire. C'est influer sur le déroulement du monde, tout en acceptant de n'être qu'une marionnette. Les héros découvrent que l'espionnage devient un idéal en soi, quitte à se soumettre à la duplicité, dissoudre son identité.

L'intrigue d'Une Amitié absolue est un peu plombée vers sa fin. Car John le Carré est furax. Sa colère à la suite des mensonges du gouvernement américain (les armes de destruction massive, le "lien" Saddam Hussein-Al Qaida, etc.) l'emportent sur un récit qui aurait pu être mieux ficelé. Mais ses tirades féroces contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont assez réjouissantes, tout comme ses attaques contre le capitalisme exacerbé et les multinationales. De plus, dans ce roman écrit en 2004, John Le Carré met déjà en cause les activités secrètes de la CIA, menées sur le sol européen, dans "la lutte contre le terrorisme". Il faut attendre le 14 février 2007 pour que le Parlement européen se saisisse de l'affaire (voir
article de Libé).

Joe

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