Le souffle épique de "La Horde du Contrevent"

Publié le par joe

"La Horde du Contrevent", d'Alain Damasio. J'avais hésité à le lire tant il se présentait comme un roman-concept, un type d'ouvrage prétentieux. Dans son édition originale, il est même vendu avec un CD (sa BO?). Quant à la pagination inversée (700, 699, 698...), c'est un compte à rebours auquel l'écrivain Chuck Palahniuk avait déjà eu recours dans Survivant.
Et il faut avoir la patience de dépasser les cinquante premières pages de La Horde du Contrevent pour comprendre où l'on pose les pieds, et où l'auteur, français, Alain Damasio, nous emmène.

Vingt-trois personnes, hommes et femmes, avancent contre le vent afin de découvrir son origine, située en "Extrême-Amont". Chacun poussé par un but propre, chacun assigné à une tâche dans le groupe : Talweg Arcippé, géomaître, Alme Capys, soigneuse, Erg Machaon, combattant-protecteur, etc. D'épreuve en épreuve, cette "34e Horde" marche dans les pas des générations qui l'ont précédée.

Ce qui n'aurait pu être qu'un énième roman de fantasy s'avère une merveille littéraire. Seront rebutés les puristes du sujet-verbe-complément. Car ici, chaque personnage s'exprime à sa manière. Aux borborygmes de Golgoth le traceur répond le flux articulé du scribe Sov, puis le langage facétieux de Caracole le troubadour... A chaque personnage, un narrateur différent pour raconter non pas une, mais des aventures humaines. 

Leurs voix se succèdent à chaque paragraphe, le changement de narrateur étant signifié par leur "blason" en tête de paragraphe. Au début, il faut sans cesser faire des aller-retours avec une liste à la première page. Puis, on finit par reconnaître le style de chacun. Toutes leurs voix se mêlent comme dans un chant lyrique et exalté. Et quand l'un vient à se séparer du groupe, on le regrette terriblement.

Malgré quelques passages ardus [Alain Damasio reconnaît dans une interview aux Chroniques de l'imaginaire qu'il puise son inspiration de ses "lectures philosophiques" comme Deleuze], La Horde du Contrevent est étonnament fluide.

C'est d'abord un livre poétique, où l'on est touché par l'agencement des mots qui s'entrechoquent, par des associations sensuelles, par une joute de palindromes... Mais sans sacrifier au récit et au suspense. Qu'y a-t-il au-delà du vent? Parviendront-ils tous à leur destination?

Il y aussi de belles trouvailles, comme une joute littéraire, la typographie du vent, une mystérieuse tour d'Ær et surtout ces entités indescriptibles, "les chrones".

Un très bon roman, original, entre épopée et poésie en prose.

Joe

Publié dans Fan de SF

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Dahlia 27/08/2007 08:51

Hey Joooe (comme disait Hendrix), ça n'a rien à voir mais j'ai eu une petite pensée pour toi en regardant le Thema special disco sur Arte ;) Et je me suis envoyée une rasade de KC and The Sunshine Band dans la foulée huhu ^^

joe 27/08/2007 12:47

T'as de la chance de l'avoir vu, paraît que c'était bien ! J'en ai entendu parler de cette émission, mais je suis rarement devant le poste au bon endroit et au bon moment. "Get down tonight" Dahlia !