1974, le Yorkshire, la poisse

Publié le par joe

 

1974.

 

J'aurais préféré finir ce bouquin ailleurs que dans mon lit, à trois heures du matin. Déjà que j'avais du mal à trouver le sommeil. J'avais commencé à regarder La Colline a des yeux 2, de Wes Craven, sur Arte, en croyant avoir lu dans Matin Plus que c'était le premier que la chaîne diffusait. J'ai ricané une heure devant ce film, je me suis allongé, j'ai repris la lecture de 1974, de David Peace, et j'ai plus rigolé du tout. Ce roman est tellement dégueulasse que j'aimerais lui nuire en racontant la fin ici. Puis, je surfe un peu sur le Net à la recherche d'indices sur l'auteur, sur ce roman, je tombe sur le blog du Golb. Je lis ses chroniques, et ça me détend.

Nineteen Seventy Four se déroule en 1974, comme 1984 se passe en 1984. Et David Peace a planté le décor de son cauchemar dans le Yorshire, en Grande-Bretagne. "Up here, the grass is really greener", proclame  sur son
site l'office de tourisme de cette ancienne région industrielle. En ayant refermé le bouquin, j'ajouterai : "Up here, the soul is even darker." Le Yorkshire de 1974 ressemble plutôt à ça. Ambiance c'est arrivé près de chez vous.

L'intrigue ? Le 12 décembre 1974, une fillette disparaît du domicile familial. Quelques jours plus tard, elle est retrouvée morte dans des conditions atroces, deux ailes de cygne attachées dans le dos.  Edward Dunford, un jeune journaliste de l'Evening Post est mis sur l'affaire : iI tente de faire le rapprochement avec deux cas similaires et non élucidés. En se mettant sur la piste du coupable, il va remuer une sacrée merde.

Son père vient de mourir, ses collègues lui mettent des bâtons dans les roues, il se comporte un salaud auprès des nanas, il est poussé par l'orgueil. Et c'est ce narrateur qu'on va suivre. La police est corrompue, tout le monde semble avoir quelque chose à dissimuler. Et la vérité n'éclate pas au bout du livre, car un secret en recouvre toujours d'autres. La vérité n'apparaît que par éclairs, comme les éclats d'un joyau taillé dans l'horreur. Difficile d'aimer ce livre donc, mais même amoché comme ses personnages, il reste séduisant.

Car ce roman noir et ultraviolent prend méchamment à rebrousse-poil, pire, il vous épile les poils un à un, cheveux compris. Et si j'ai accroché jusqu'au bout, c'est pour les mêmes raisons que j'ai failli abandonner le bouquin au début : le style de David Peace. Des phrases courtes, qui claquent le rythme, comme des pintes de Guiness qui s'entrechoquent. Tape à l'œil au début, ce style en devient hypnotique au fur et à mesure que l'obsession du narrateur prend le pas sur sa raison.

Joe

La critique de 1984 par le Golb.
L'histoire de Peter Sutcliffe, "l'éventreur du Yorkshire", et des meurtres qu'il a commis. Ce serial killer a inspiré David Peace pour sa quadrilogie.

Publié dans C'est tout lu !

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