Dead Prez et la parabole du loup

Publié le par joe


"Je ne suis pas un chasseur, mais j’ai entendu dire
que dans des endroits comme les régions arctiques
où des autochtones peuvent parfois chasser le loup,
ils prennent une lame à double tranchant ;
et ils mettent du sang sur la lame,
et ils font fondre la glace et mettent la poignée dans la glace
de manière à ce que seule la lame dépasse
de manière à ce que le loup sentira le sang et voudra se nourrir,
et il viendra et lèchera la lame en essayant de se nourrir,
et voilà ce qui se passe : quand le loup lèche la lame
bien sûr, il se coupe la langue et il saigne
et il pense qu’il s’offre vraiment une bonne chose
et il boit et il lèche et il lèche,
et bien sûr il est en train de boire son propre sang et il meurt."

 

Sur le morceau Wolves du groupe Dead Prez, voici cette cinglante parabole énoncée par Omali Yeshitela, un militant afro-américain et membre de l’International People’s Democratic Uhuru Movement (InPDUM). Il y dénonce la manière dont aux Etats-Unis, le pouvoir, aux mains de Blancs sans scrupules, détruirait la communauté afro-américaine en laissant se répandre le crack. L’InPDUM, c’est un mouvement socialiste (au sens marxiste, pas vraiment social-démocrate) de la diaspora africaine, inspiré entre autres de Marcus Garvey, et qui compte d'anciens membres des Black Panthers.

 

Il y a quelques jours, j’ai revu Block Party, le film musical emmené par Dave Chappelle et réalisé par Michel Gondry. Parmi les invités, les divas Jill Scott et Eryka Baduh, mais aussi les groupes The Roots et Dead Prez. De ces derniers, je ne connaissais qu’un titre bien foutu, Hip Hop, sur la chouette compilation Back to mine du groupe électro anglais Underworld. 

Let's get free de Dead Prez.Et puis j’ai acquis par curiosité un album du duo Dead Prez, Let’s get free (datant de 2000), un joyau de rap engagé politiquement et musicalement réussi. Leurs beats sont bien ciselés et les paroles pleines de sens, loin du rap bling-bling, bimbos et grosses berlines. A côté d’un morceau plus léger sur les vertus de la conversation comme préliminaire sexuel (Mind sex), on y trouve aussi un hymne touchant (Be healthy) à prendre soin de soi-même, en faisant de l’exercice, en mangeant fruits et légumes, en buvant sept verres d'eau par jour... Dingue !

Et bien sûr, en introduction de l’album, le morceau Wolves. Une minute cinquante-six qui fait froid dans la dos à l'écoute de ce prêche d'Omali Yeshitela sur un rythme glaçant (comme un liquide qui goutte) et des hurlements de loup.

Pour en revenir à cette parabole du loup, c'est ainsi que le rappeur Stic des Dead Prez l'interprète dans une interview : « Mes frères sont dupés en pensant que le crack est notre opportunité, et le sang que nous goûtons, c’est nous en prison, se faisant tirer dessus lors de fêtes ou vivant dans un état militaire. Omali [de l’InPDUM] dit que que nous devons blâmer le chasseur, la CIA, le gouvernement, les gens qui nous ont imposé une telle situation, qui nous ont enlevé de l’Afrique et qui ont vécu à nos dépens depuis que nous sommes arrivés ici, les gens qui profitent vraiment du commerce de la drogue. »

Radical.

Joe
 
 
J'ai fait moi-mêle la traduction anglais->français de Wolves, n'en ayant pas trouvé sur Internet.

Edit : le morceau Wolves en écoute ici :

 

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G.T. 09/02/2008 17:53

La vidéo n'est plus disponible, mais on peut la retrouver ici :http://www.youtube.com/watch?v=JFEQwn2L53s