"Amer Béton" : requiem pour l'enfance

Publié le par joe

Amer Béton. 

Vu au ciné ce week-end, un film d'animation m'a beaucoup plu : Amer Béton (Tekkon Kinkreet en VO), inspiré du manga de Matsumoto Taiyô Soit l'histoire de Noir et Blanc, deux enfants des rues dans une ville gigantesque aux allures de foire. Ces garçons aux caractères opposés, Noir le violent, Blanc le rêveur, se retrouvent confrontés à des yakuzas qui veulent faire main basse sur leur quartier. Le film a été réalisé par un Américain, Michael Arias, avec l'équipe japonaise du Studio 4°C. A son actif, la production d'Animatrix, la série de courts-métrages d'animation autour de la trilogie Matrix.

Au début d'Amer Béton, le graphisme des personnages peut rebuter, tant on est loin du graphisme des Studios Ghibli, auquel le grand écran nous a habitués. Mais on s'attache rapidement à ces deux héros-yamakazi qui virevoltent dans tous les sens et à leurs états d'âme. Hélas, les personnages secondaires s'intègrent mal à l'histoire de ces deux enfants. Et l'intrigue générale du film est un peu lâche.

Sa qualité majeure réside dans la grande fluidité de sa réalisation, notamment dans la première demi-heure, qui accompagne les acrobaties des gamins. Les plans semblent se diluer les uns dans les autres, avec des suprises visuelles, comme dans les scènes de course-poursuite ou dans celles de cauchemar (une schizophrénie un peu pénible). Des cadrages inattendus parviennent aussi à maintenir la fébrilité du spectateur pendant deux heures. 

Les dessins très riches en détail permettent au regard de se perdre dans la mégalopole. Comme ce plan où deux gangsters discutent à table sous un plafond de poissons. Les décors ont été créés par le directeur artistique Shinji Kimura, dont le travail sur l'anime Steamboy avait déjà révélé le talent. La musique électro composée par le duo britannique Plaid, dont c'est la première B.O., s'intègre parfaitement au film. Ses mouvements relaient le sentiment d'urgence, de tristesse et de poésie qui émane d'Amer Béton. Une poésie renforcée par des dialogues bien écrits : "J'aime bien l'odeur du béton quand il pleut, ça sent la margarine."

Joe

Recommandés :
- Une interview de Michael Arias sur le site dvdrama.com. Le réalisateur raconte la genèse de ce projet.
Toujours sur le même site, l'histoire passionnante du
Studio 4°C. Bravo à Caroline Leroy pour son article très complet.
- Une présentation de Koji Morimoto, fondateur du Studio 4°C, 
sur www.kojimorimoto.net.
 

 

Publié dans C'est tout vu !

Commenter cet article