Les prédateurs de l'industrie agro-alimentaire

Publié le par joe

Chaque jour à Vienne, le pain inutilisé pourrait nourrir la deuxième ville plus grande ville d'Autriche, Graz.

Montre-moi ce que tu bouffes (ou pas), je te dirai dans quel monde tu vis. Le documentaire We feed the World (sortie en salle le 27 avril) dresse un constat impitoyable. Pour son festin de profits, l'industrie agro-alimentaire ronge le monde : sous-nutrition, malnutrition, déséquilibre Nord-Sud, perte du goût, amoindrissement de la qualité, maltraitance des animaux....

Tout au long du film, Jean Ziegler apporte son témoignage précieux. L'actuel rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'homme de l'ONU pour le droit à l'alimentation fournit des exemples précis. A Dakar, au Sénégal, sur l'un des plus importants marchés agraires d'Afrique, des produits occidentaux sont vendus au tiers du prix des produits locaux, ce qui étouffe l'agriculture paysanne. Ou comment l'agriculture subventionnée des Etats-Unis et de l'Europe empêche les pays du Sud de se développer.

Aucun secteur n'est indemne, pas même la pêche. We feed the World suit notamment la journée d'un pêcheur de Lorient (Bretagne), dont les méthodes sont désormais scrupuleusement étudiées (par l'UE) afin de servir à la pêche intensive. Au risque d'appauvrir les zones riches en poissons. Par ailleurs, est montrée la différence entre le poisson pêché artisanalement et le poisson pêché industriellement. Franchement dégoûtant. 

Le documentaire nous emmène dans plusieurs parties du monde : Roumanie, Brésil, Espagne... Au Brésil, la forêt amazonienne est détruite pour des plantations de soja destinés à nourrir le cheptel occidental alors que la population voisine souffre de sous-nutrition. En Espagne, sur 25 000 hectares, les serres d'Almeria en Andalousie produisent intensivement quantité de fruits et légumes, au mépris des saisons et en  cassant les prix.  On y voit aussi les ouvriers maghrébins employés dans ces serres, sans papiers et vivant dans des bidonvilles. Au sujet de cette communauté immigrée, Le Monde diplomatique avait déjà publié en mars 2000 un article intéressant : "En Espagne, un apartheid sous plastique" à la suite d'une vague de violence raciste, à El Ejido en février 2000. La BBC s'était également fait l'écho de l'exploitation de ces travailleurs clandestins.

We feed the world.We feed The World comporte aussi une séquence glaçante d'une dizaine de minutes dans un élevage industriel de volailles. Ou comment des poulets sont élevés en masse dans des espaces clos avant d'être préparés à l'abattage. Puis, on assiste au cheminement de ces cadavres, minutieusement découpés à la chaîne. Je pensais à l'écrivain Coetzee, prix Nobel de littérature, dont on comprend à la lecture de ses livres pourquoi la violence faite aux animaux dégrade l'homme.

Il faut voir aussi le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, affimer tranquillement que l'eau a une "valeur marchande". Il faut entendre ce type dénoncer la position "extrémiste" des ONG qui souhaitent rendre l'eau accessible à tous grâce à des nationalisations...  Mais le PDG de Nestlé soutient que son groupe crée (indirectement) près de quatre millions d'emplois dans le monde. Et qu'il faut "travailler plus" (j'ai déjà entendu ça quelque part). Mais en regardant la vidéo d'une usine Nestlé au Japon, il se satisfait que la robotique y a diminué le nombre d'employés.

Intéressant dans le fond, plutôt réussi dans la forme, We feed the World soulève beaucoup de questions cruciales, sans toutefois fournir de réponses. En tout cas, c'est une invitation à ne pas acheter ses aliments sans discernement (regarder leur provenance, lire les étiquettes...), ou la nécessité de consommer mieux.

Joe

Un autre documentaire, également réalisé par un autrichien, montre aussi les outrances de l'industrie agroalimentaire. C'est Notre pain quotidien, sorti le 14 mars 2007 en France. Je ne l'ai pas vu.

Publié dans C'est tout vu !

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anis* 11/05/2007 16:15

bonjourmoi, j'ai vu, il y a peu, un docu sur le Liberia . Et le vol des ressources de poisson par les bateaux chinois; tout près des côtes . Un vrai pillage organisé, avec des chaluts géants, alors que les pêcheurs locaux n'arrivent même plus à pêcher pour se nourrir Une honte . Merci pour ta visite .J'ai pas fini "Mr Norrelll....." ; et puis , c'est pénible, ces Gros bouquins trop lourds !!  j'aime les faire suivre avec moi toute la journée . Là, c'est carrèment pas possible .  En anglais, le l'ai vu en 3 fascicules , vendus dans un coffret ; c'etait mieux !

joe 13/05/2007 21:29

Bonjour Anis, j'ai essayé de retrouver la trace de ce docu dont tu parles. Il s'agit de "La malédiction du Liberia", un reportage diffusé dans "Thalassa" le vendredi 13 avril dernier : http://www.thalassa.france3.fr/thalassa-emission.php?id_article=1639&id_rubrique=169Quant à "Jonathan Strange et Mr Norell...", je l'ai lu dans une édition de poche anglaise. Léger certes, mais les caractères étaient un peu trop petits pour moi.